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Et si les commerçant musulmans de la Réunion jouaient les prolongations. À La Réunion, les boutiques du centre-ville tombent
le rideau assez tôt. Une tradition qui fait le bonheur des
grandes surfaces. Le moment est-il venu de tordre le cou aux vieilles
habitudes afin de rééquilibrer les échanges entre
le centre et sa périphérie ?
17
h 45, on va fermer. À La Réunion, les commerçants
de nos centres-villes plient boutique au crépuscule. Tous
invoquent le fait que le consommateur péi n’est pas un
“animal noctambule”. Il est vrai qu’une fois le
soleil couché, les rues piétonnes sont vite
désertées. Mais nombre de clients pestent contre cette
habitude et voudraient pouvoir faire quelques emplettes après le
travail ou entre midi et deux. Certains commerçants
s’indignent de voir les centres-villes en perte de vitesse par
rapport aux commerces des zones périphériques. Les
grandes surfaces restent ouvertes jusqu’à 20 h 30, et
récupèrent la clientèle de salariés
après sa journée de travail. La possibilité ne
leur est pas offerte de passer dans le centre faire un achat avant de
rentrer dans leurs pénates. Idem entre 12 h et 14 h. C’est
ainsi depuis des lustres, et pourquoi cela devrait-il changer ?
Pourtant, certains commerçants ont tenté de bouleverser
les habitudes. Depuis son ouverture, l’enseigne Jina a
étendu ses plages d’ouverture. Le chausseur fait du
non-stop entre 9 h et 18 h. Il jouait même les prolongations
jusqu’à 18 h 30 les mercredis, vendredis et samedis.
“Avant de sentir les effets de la crise, ça arrangeait les
clients, déplore Abdulawahab Sidat, responsable du magasin. Mais
depuis cette année, on s’est rendu compte que cette
dernière demi-heure n’était pas rentable. On peut
seulement la maintenir à titre exceptionnel pour une
période commercialement faste. En revanche, entre 12 h et 14 h,
on continue”. “On le sait que les gens disent que le
centre-ville est mort, relaye Madame Badat, commerçante
dionysienne assise au milieu de colonnes de jeans. On a tenté
d’ouvrir jusqu’à 18 h 45 ; mais à 18 h,
les gens s’en vont.” Osman, derrière la caisse du
magasin de chaussures Mangrolia, prend les choses avec recul :
“Ça fait 45 ans que je suis là et ça a
toujours été comme ça. On travaille plus que 35
heures. On peut effectivement ouvrir plus tard mais ce n’est pas
uniquement de la responsabilité du commerçant. Il faut
aussi voir avec les salariés, mettre plus
d’éclairage dans les rues, et rassurer les
commerçants qui ont peur de se faire agresser par les
jeunes”.
“Ca fait 45 ans que je suis là et ça toujours été comme ça...
Au supermarché culturel Virgin, on a fait
machine arrière. Après avoir tenté de fermer
à 19 h 30, l’enseigne s’est ravisée pour 19
h, puis 18 h 30. Blanche Charlettine, disquaire, dit tout haut ce que
tout le monde pense tout bas : “Les commerçants sont
majoritairement musulmans et ils ferment tôt pour aller prier
à la mosquée”.
La polémique est lancée. “C’est vrai
uniquement pendant la période du Ramadan, certifie Abdulawahab
Sidat, le chausseur. Pendant les journées commerciales, la
plupart des commerces ouvrent entre 12 h et 14 h. Ils
s’organisent.” Va pour le midi. Mais le soir ?
“C’est un mauvais prétexte, souffle Osman. Dans la
rue Maréchal-Leclerc, 60 % des commerces sont tenus par des
musulmans, contre 90 % auparavant. Non, c’est d’abord
une question patron-employé”. Une de ses salariés
habite Sainte-Marie et doit prendre le dernier bus de 18 h 20. Un autre
salarié, Mohamed Musour, a vite calculé le
problème : “Si je fais des heures sup, on me coupe la
CAF (les allocations, NDLR.). Un mois d’heures sup et ça
vous fout dedans pendant un an”. Sarah Desaï gère un
magasin : “La mosquée, c’est un faux
problème car ça ne prend pas trois heures. Nous donnons
à nos salariés la demi-heure pour qu’ils puissent y
aller... Non, il faut surtout une volonté commune. Ça
prendra du temps mais c’est possible. Personne n’imaginait
que les Réunionnais iraient faire leurs courses chez Carrefour
à 19 h 30”. La Ville réfléchit justement
à un projet de commerce alimentaire qui servirait de locomotive
pour tout le centre-ville. Une fois de plus, tous les regards se
tournent vers l’Espace Océan toujours aussi vide.
Y.G Article du /
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