L’idée de fondé un
collège de confession musulmane fut celle de Cheikh Dhaou Meskine,
alors secrétaire du conseil national des imams de France dont il est
également le fondateur. Cette idée est le fruit d’une réflexion
né de l’affaire Kherouaa en 1992, affaire très médiatisé à
l’époque a l’issue de laquelle il avait été reconnu
l’incompatibilité du port du foulard avec les lois de la
république, voyant là une contrainte menaçante pour la liberté
des musulmans en France, Cheikh Dhaou Meskine se projeta dans la
future construction d’un établissement privé musulman
garantissant un enseignement conforme au programme de l’éducation
national tout en préservant les convictions religieuses.
De plus, ce projet se
plaçait dans la continuité de « l’institut Réussite »
fondé par Cheikh Dhaou Meskine, dispensant des cours de soutien
scolaire, de ciblage des difficultés, de langue arabe, et des
vacances organisés pour les plus défavorisé. Seulement, le projet
d’un établissement privé sera beaucoup plus long à mettre en
place et ne verra le jour qu’en octobre 2001 avec l’ouverture
d’une classe de 6ème de 11élève (faisant suite chaque année à l’ouverture d’un
nouvelle classe et ce jusqu’en 2005 ou le collège totalisera 4
classes de la 6ème à la 3ème avec
81élèves).
Le collège « Réussite »
est né, c’est alors le premier établissement privé musulman
d’enseignement du second degré sur le sol français. Néanmoins,
cette naissance sera le début d’une longue polémique au sein des
institutions nationales entre reconnaissance implicite, et blocage
administratif, l’association Réussite (qui gère alors
l’établissement) va mener un véritable combat pour avoir le droit
d’exister.
En effet, après avoir
répondu à toutes les exigences administratives, l’association
Réussite entreprend la demande d’un contrat d’association avec
l’Etat, contrat qui permettrait l’obtention de subvention
nécessaire à la poursuite du projet dans de bonnes conditions. Le
préfet de Seine Saint Denis de l’époque M. Jean François Cordet
appuie la demande du collège par un courrier du 6 décembre 2004,
par ailleurs l’association renvoi le 17 mars 2005 un dossier
administratif complet, le 14 septembre 2005 l’inspection académique
demande à tous les établissements privés hors d’envoyer la liste
du personnel enseignant afin de réactualiser ses fichiers, dans la
foulée le 26 septembre 2005 l’association Réussite ouvre une
classe de 2nd après une pression des parents et un engagement des parents
d’élèves, assurant ainsi le prolongement du collège.
Malheureusement, le 7octobre 2005, le Préfet nous annonce que
l’inspection académique et le Rectorat nie l’existence d’une
demande de déclaration d’ouverture de l’établissement alors que
le dossier complet a déjà été envoyé deux fois et que de
multiples correspondances de parts et d’autres sont échangés
depuis 4ans. Le 7avril 2006, l’association décide de demander au
Rectorat quelles sont les pièces manquantes (s’il y en a), cette
demande demeurera infructueuse mais un courrier de l’inspection
académique du 26 avril 2006 confirmera que la demande de contrat
d’association avec l’Etat a été envoyé au Rectorat, et le même
jour l’association envoi un deuxième dossier administratifs pour
le lycée. Le 4 mai 2006, l’inspection académique déclare n’avoir
reçu aucun dossier de l’association, par conséquent un troisième
dossier sera envoyé. Enfin, le 5 juin 2006, un jeudi férié,
l’association reçoit la visite surprise de M. Lejeune, inspecteur
pédagogique envoyé par le Rectorat, qui inspecte l’établissement
et déclare à l’issue de sa visite « je vais écrire
le meilleur rapport de ma vie », il ajoute être venu après le
délai de 5ans (délai à observer en vu d’un contrat d’association
avec l’Etat) pour faire son rapport au Rectorat en vu d’une mise
sous contrat.
Seulement, voilà, coup de
théâtre le 19 juin 2006, en arrivant au collège le matin,
l’association est accueilli par la brigade anti-terroriste et la
brigade financière, les cours se dérouleront normalement en faisant
croire aux élèves que les gentils messieurs ne sont que des
journalistes. Les brigades vont fouillés exclusivement les bureaux
de la direction (dont ils connaissent déjà les emplacements ce qui
n’est pas aisé lorsque l’on visite les locaux pour la première
fois) plusieurs documents disparaîtront et une vingtaine
d’arrestation dont celle de tous les responsables associatifs ainsi
que le directeur de l’époque Cheikh Dhaou Meskine. Parmi les
personnes arrêtées on retrouvera même un parent d’élèves qui
avait collecté énormément auprès des commerçants pour aider
l’association. Après une semaine de garde à vue tous le monde
sera relâché excepté Cheikh Dhaou Meskine et son jeune fils(
Malek Meskine ex-gérant financier de société civil immobilière)
qui ne seront relâchés que sous caution avec interdiction de
quitter le territoire français, interdiction toujours en vigueur à
ce jour, de plus Cheikh Dhaou Meskine est frappé d’une
interdiction de diriger ou de prendre part à un quelconque organe de
direction, et il ne peut avoir de contact avec un responsable entendu
dans l’affaire.
Le coup est réussi,
l’association se retrouve avec des responsables inquiétés et sous
le choc, sans directeur, et sans possibilité de communiquer avec son
directeur. Malgré toutes ces difficultés et avec un organe de
direction à moitié fonctionnel, c’est par la solidarité et le
travail des différents salariés de l’association que celle-ci a
pu à fonctionner et à assurer la continuité d’enseignement,
d’ailleurs cette année là le taux de réussite au brevet des
collèges fut de 93%.
L’association repris ses
objectifs, et renvoya une demande de numéro d’agrément pour le collège-lycée le 27
novembre 2006 et le 18 décembre 2006. Or, le 9 mars 2007 il sera
demander à l’association de constituer pour la nième fois un
dossier de déclaration d’ouverture d’un établissement privé
hors contrat pour le collège-lycée, cette demande sera suivi d’un
courrier de l’inspection académique du 22 juin 2007 demandant une
déclaration d’ouverture pour le collège uniquement, courrier qui
sera modifié par une nouvelle demande de déclaration d’ouverture
du 18 juillet 2007 concernant le collège-lycée cette fois-ci. En
novembre 2007 , l’association organise un repas de rupture du
jeûne auquel participe le Préfet M.Baland, mais aussi le conseillé
du président M.Dahmane qui lu alors une lettre du président
M.Sarkozy nous encourageant dans notre action. Après quoi, Le
Rectorat à son tour envoi un courrier le 14 mars 2008 réclamant des
pièces complémentaires déjà envoyé, mais il reconnait dans le
même courrier le récépissé de déclaration d’ouverture du
lycée et octroi un numéro d’immatriculation propre au lycée.
Aussitôt l’association envoi un courrier signifiant que la demande
a été faite pour un collège-lycée, et s’étonne du fait que le
même dossier ai été envoyé pour le collège et le lycée mais
seul le lycée est reconnu ce qui parait invraisemblable.
Enfin après ces imbroglio
administratif, l’association obtient un rendez-vous avec
l’inspecteur adjoint de l’académie M .Babelet qui voyait
l’établissement comme un « établissement sauvage » (
càd illégale ) mais après la rencontre il s’est rendu
compte que le dossier de l’association était plus compliqué, et
en lisant les documents qui lui ont été remis il put s’apercevoir
que l’établissement s’était bien conformé à toutes les
exigences administratives mais le dossier de l’association n’ a
pas avancé pour autant. En fin d’année 2007 l’Etat supprime
les contrats aidés et l’association n’est plus en mesure de
renouveler les contrats arrivé à terme, ce sera le départ de 12
salariés laissant le collège avec un effectif très diminué. Dans
ce climat de travail difficile, la pression devenu très lourde aura
raison du directeur-adjoint qui démissionnera laissant un certain
vide administratif. Mais la détermination et l’engagement des
professeurs et du personnel encadrant restant permis la poursuite du
projet. L’année 2007-2008 l’association comptait 127 élèves de
la 6ème à la
terminale, pour seulement deux encadrant à la vie scolaire, il a
fallu le bénévolat de chacun des salariés de l’établissement
pour maintenir l’efficacité de l’encadrement scolaire, la
persévérance a porter ses fruits puisque cette année là les
élèves de terminale ont tous été reçu au baccalauréat, et les
élèves de 3ème également , deux fois 100% de réussite pour une année de
souffrance. C’est également en 2008 que le nouveau Maire de la
ville d’Aubervilliers M.Salvatore, va s’engager au côté de
l’association accompagné du député M.Goldberg, ensemble ils vont
tenter d’obtenir des réponses auprès du Rectorat et de
l’académie, une réunion du conseil d’administration de
l’association sera même organisée en mairie le 11 décembre 2008
et relayé par les médias, seulement toutes ces démarches
demeureront infructueuses. Si la situation administrative de
l’établissement auprès des autorités n’avance pas, la
situation financière est beaucoup plus préoccupante, un déficit
s’est creusé depuis l’ouverture du lycée et l’association
accuse une dette de près de 300.000 euros, les cotisations
augmentent jusqu’à 3600 euros pour les élèves déjà inscrit,
d’ailleurs pour l’année 2008-2009 l’association se résoudra à
supprimer les classes de 1ère et de terminale provoquant le départ d’une trentaine d’élèves
en ramenant l’effectif des élèves de 127 à 87. La catastrophe
tant redouté arrive en février 2009, d’abord par des poursuites
judiciaires de l’URSSAF à l’encontre de l’association pour une
dette de 186000 euros, la dette ne pouvant être payé la justice
est saisi et l’établissement se retrouve pour la première fois
sous le coup d’une fermeture. Là encore c’est une partie des
salariés qui décident de faire un appel urgent aux dons, appel qui
sera entendu par le SPMF (synergie des patrons musulmans de France)
qui en organisant un repas de charité permettra de récolter 42000
euros, des musulmans de tout part se joindront à ces efforts et
soutiendront le projet par des dons, certains même feront don de
leur temps. Ajoutons a ces efforts la promesse du Préfet M.Meddah,
lors d’un dîner organisé par l’UAM en avril 2009 il annonce son
intention d’organiser une rencontre avec tous les responsables
académiques pour tirer au clair les différents qui opposent
l’association au Rectorat. Pendant ce temps, la situation se corse
au sein de l’établissement, la peur de la fermeture attaque les
parents d’élèves, les rumeurs vont bon train, et la majeure
partie des salariés se sentent floués. Les salariés de la
direction se trouvent confrontés à de nombreuses crises, tout
d’abord ils doivent faire face au départ de deux des membres du
bureau de l’association(le secrétaire générale et le trésorier),
et ce à deux semaines du jugement, puis le mécontentement des
salariés face aux évènements, et enfin la gestion du départ
annuel des élèves en classe nature. Sous cette surcharge de
responsabilité, les dirigeants parviendront néanmoins à préparer
le rendez vous avec le tribunal, et à calmer les salariés les plus
inquiets. Fin avril 2009, le tribunal décide de placer l’association
Réussite sous redressement judiciaire, un administrateur judiciaire
est nommé par la cour pour administrer l’association, il cosigne
tous les chèques et valide ou invalide les dépenses de
l’établissement. La justice nomme également un mandataire
judiciaire, chargé d’évaluer le montant de la dette auprès de
tous les organismes concernés, celle-ci sera alors estimer à
381 000 euros. L’association doit alors préparer un budget
prévisionnel pour l’année 2009-2010, en vue d’un prochain
jugement en juin 2009 qui décidera du maintien ou non de l’activité.
Ce budget prévoit d’augmenter le nombre des inscrits pour l’année
2009-2010. Le 25 juin 2009, le juge décide de l’ouverture de
l’école pour l’année 2009-2010, mais toujours en redressement
judiciaire, l’association se plonge alors dans les inscriptions
afin de remplir ses objectifs, et reçoit au moi de juillet la visite
d’un expert comptable chargé d’établir la validité du budget
prévisionnel remis au juge, le rapport qui sera remis par l’expert
à l’administrateur judiciaire notifie un endettement à partir du
mois d’août.
Dans ce climat plutôt
sombre, tout semble perdu, sauf pour les croyants, qui seront
récompensé pour leur confiance en Dieu, les élèves de la classe
de 3ème réussissent tous leur brevet des collèges c’est le fameux 100%
qui reste toujours honoré par l’établissement, de plus au mois de
septembre l’association se présente devant le juge avec un
excédent et non un déficit, et ce grâce aux dons qui ont plu
durant l’été.
Arrive la rentrée
scolaire 2009-2010, de nouveaux problèmes surgissent alors,
l’association est obligé de recruter du personnel en contrat aidé
(CAE), seulement les critères du pôle emploi pour ce type de
contrat est strict il n’est réservé qu’aux chômeurs en
difficulté, ce qui complique le choix dans les recrutements qui se
feront tardivement et repousseront la rentrée à la fin septembre.
Une atmosphère inquiétante pour les parents, un nombre d’élèves
qui passe de 87à 140, de nouveau surveillants et une nouvelle
audience au tribunal à préparer, autant d’éléments qui ne
feront qu’ajouter du courage et de la détermination à
l’association qui se dirige vers de nouvelles épreuves.
En novembre 2009, le
comité de direction de l’association est reçu par le Préfet
M.Nacer Meddah, ce rendez-vous a été provoqué par le principal du
collège qui souhaitait au départ faire signer un énième document
de déclaration d’ouverture au Préfet, mais le Préfet en a
profité pour convoquer l’inspecteur de l’académie et le
sous-préfet, cette rencontre s’est donc transformé en réunion
officieuse. Le Préfet signale clairement à l’association qu’il
faut oublier le passé, et se concentrer sur le présent, il faut
régulariser la situation administrative du « collège »
sous menace de fermeture, l’association revient alors sur le fond
du problème et évoque plusieurs irrégularités administratives
quant au traitement du dossier de l’établissement et elle demande
à faire valoir ses 8 années d’exercices mais le Préfet reste
inflexible, il refuse de revenir sur les problèmes du passé et
souligne les « erreurs » de ses prédécesseurs qui
étaient tous venus en visite dans l’établissement. La proposition
finale du Préfet est la régularisation immédiate du collège sans
prise en compte des cinq années de mise à l’épreuve et sous la
menace de fermer l’école. Les difficultés financières de
l’association ne semblent pas intéresser l’Etat, qui de fait
nous condamne à mourir par asphyxie, le comité de direction à
décider de consulter un avocat sur ce dossier avant d s’engager.
Voici en quelques
lignes, l’histoire du premier collège-lycée musulman en France,
c’est une véritable lutte quotidienne que mènent les hommes et
femmes qui soutiennent ce projet, l’éducation de nos enfants à un
norme coût, aussi bien financier qu’humain, les sacrifices pour la
survie de cet établissement ont été nombreux, il a touché les
biens et els personnes mais pas la foi qui transcendent les cœurs
et permet aux croyants de faire face à son propre malheur pour
assurer à ses frères et sœurs un semblant de bonheur.