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Les pro-palestiniens déçus par François Hollande

« Je soutiendrais la reconnaissance internationale de l’État palestinien », s’était engagé François Hollande. Une fois élu, sa première position sur le sujet n’a pourtant pas été celle-ci. Comment expliquer cette variation ? s’interroge Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.

 

F. Hollande lors de la Conférence des ambassadeurs, le 27 août 2012 à Paris (LUDOVIC-POOL/SIPA)

Le président de la République lors de la Conférence des ambassadeurs, le 27 août 2012 à Paris (LUDOVIC-POOL/SIPA)

 

Nicolas Sarkozy avait une réputation solide et revendiquée « d’ami d’Israël ». Ce n’est pas par hasard qu’il a obtenu près de 94% des voix des Français établis dans ce pays au second tour de l’élection présidentielle 2012.

 

Les différents mouvements de solidarité avec les Palestiniens espéraient que l’élection de François Hollande se traduise par une inflexion de la politique française au Proche-Orient. Ils avaient noté avec surprise et satisfaction que parmi les 60 engagements de François Hollande, figurait « je soutiendrais la reconnaissance internationale de l’État palestinien. » Ce que Nicolas Sarkozy avait refusé de faire.

 

Paradoxalement, Hollande paraît faire moins que Sarkozy

 

Le premier grand discours sur la politique étrangère prononcée par le président de la République devant la Conférence des ambassadeurs le 27 août, les a particulièrement refroidis. François Hollande n’a fait que reconnaître « le droit à l’autodétermination des Palestiniens », sans parler d’un État et recommandant aux autorités israéliennes de reprendre le chemin des négociations « dès lors que les Palestiniens ont levé bon nombre de leurs préalables », donnant le sentiment que c’était eux qui constituaient la source de blocage.

 

Nicolas Sarkozy avait demandé un gel précis et complet de la colonisation dans son discours de 2009 devant les ambassadeurs. Il avait toujours rappelé le caractère central du conflit israélo-palestinien pour la sécurité mondiale et parlé plusieurs fois de la nécessité de créer un État palestinien. François Hollande paraît donc en retrait de Nicolas Sarkozy.

 

Cela n’a pas échappé à Jean-Claude Lefort, le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), qui, dans un courrier envoyé le 1er septembre, a fait part de son plus vif étonnement.

 

Il demande à François Hollande quels préalables les Palestiniens auraient placé qui auraient obstrué le chemin de la négociation. S’il s’agit de ne pas réclamer la fin de la colonisation, il rappelle que c’est la position constante de la France depuis le général De Gaulle. « Ce ne sont tout de même pas les Palestiniens qui occupent Israël mais bien l’inverse », insiste-t-il.

 

Il lui demande donc de reconnaître de manière souveraine l’État de Palestine, comme l’ont déjà faitplus de 130 pays dans le monde et d’annoncer sa claire intention de voter à l’ONU pour l’admission pleine et entière de la Palestine comme 194e état membre de l’organisation.

 

Il précise qu’il n’y a pas de conflit israélo-palestinien, il y a une occupation israélienne des territoires palestiniens.

 

Le PS mal à l’aise sur le conflit du Proche-Orient

 

Depuis la mise à mort des accords d’Oslo, qui permettaient au Parti socialiste d’avoir une position confortable de soutien au processus de paix sur fond d’accord israélo-palestinien, le PS est profondément mal à l’aise face au conflit du Proche-Orient. Il se prononce bien sûr pour la paix, mais a des difficultés à désigner la cause de sa non survenance. Il privilégie souvent une équidistance entre les deux protagonistes.

 

La base du PS fait majoritairement porter la responsabilité principale du blocage aux gouvernements israéliens. Dans le débat sur l’international à l’Université d’été du PS, le 24 août 2012 à La Rochelle, devant mille personnes, le passage le plus applaudi de l’intervention de Laurent Fabius a été lorsqu’il a déclaré « il ne peut y avoir de paix au Proche-Orient sans que justice soit rendue aux Palestiniens. »

 

Mais une partie importante des dirigeants est plus conciliante avec Israël, par réflexe communautaire pour les uns, solidarité historique pour les autres, peur de se mouiller sur un sujet hypersensible pour beaucoup.

 

La participation de l’extrême droite au gouvernement israélien ne suscite pas la réprobation qu’elle créerait pour d’autres pays. Et le conflit israélo-palestinien n’est pas traité avec les mêmes critères que d’autres.

 

Qu’est-ce qui a conduit François Hollande à revenir en arrière par rapport à sa position au cours de la campagne électorale ? S’agit-il d’une inflexion durable ou passagère ? Quelle est la part respective des critères d’appréciation de politique intérieure et internationale ?

 

Autant de questions sur lesquelles des clarifications sont nécessaires.

 

 

Pascal Boniface vient de publier « Comprendre le Monde, les relations internationales pour tous », aux Editions Armand Colin.

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