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Terrorisme en France : Des indignations à géométrie variable …

On ne parle presque plus que de ça dans nos journaux… Le TERRORISME ! S’il en faut peu à la ménagère de moins de cinquante ans pour se ronger les ongles devant le journal de 20h de TF1 ou France 2, le matraquage quotidien de ce thème a des chances de provoquer une vague de psychose disproportionnée et d’irriter les tensions communautaires sur lesquelles bon nombre de politiques font leur beurre et leurs pains au chocolat. A la suite d’une conférence d’Acrimed avec Laurent Bonelli (auteur du livre « Au nom du 11-Septembre« ), l’association de critique des médias rappelle à juste titre que l’exploitation médiatique de l’insécurité fait vendre et la plupart des médias en profitent confortablement, de Charlie Hebdo jusqu’au Figaro. Néanmoins, comme nous le montre ci-dessous le journal satirique Bakchich en prenant pour exemple la situation en Corse, ces grandes agitations médiatiques et politiques font un tri bien sélectif sur le marché de la peur. 


Bakchich, satire juste !
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Terrorisme en France : des indignations à géométrie variable

par Sébastien Fontenelle sur Bakchich le 10 octobre 2012

 

Où l’on entrevoit que les pouvoirs publics et la presse dominante s’accommodent mieux des bombes corses que des « cellules islamistes »…

Après le démantèlement d’une « cellule terroriste » islamiste dont les membres sont notamment soupçonnés d’avoir lancé une grenade à plâtre contre un supermarché de Sarcelles, le gouvernement français et ses journalistes d’accompagnement se sont campés dans des poses guerrières.

Jean-Marc Ayrault a par exemple « réaffirmé la détermination de l’État de combattre le terrorisme», et Christophe Barbier, directeur débondé de l’hebdomadaire L’Express, a exigé : « Réarmons-nous contre le terrorisme » ! (Liste non exhaustive.)
Et certes : ces fières proclamations peuvent impressionner.

Mais elles révèlent surtout l’étonnante versatilité des proclamateurs. Puisqu’en vérité : le terrorisme, lorsqu’il n’est pas imputable à de présumés « djihadistes », semble soudain beaucoup moins les préoccuper.

Point n’est besoin, pour le vérifier, de procéder à de longues et difficultueuses investigations – il suffit de se pencher d’un peu près sur ce qui se passe, quotidiennement ou presque, dans deux départements français : la Haute-Corse, et la Corse-du-Sud, qui sont assurément les endroits les plus dangereux du monde occidental (1).

PLUSIEURS DIZAINES D’ATTENTATS PAR AN

En 2010, par exemple : plusieurs dizaines d’attentats à la bombe y ont été perpétrés, dont la liste exhaustive peut très facilement être consultée.

En 2011 : même chose. Dès le 1er janvier : trois engins de chantier appartenant à un entrepreneur italien (dont la résidence avait déjà été visée quelques jours plus tôt par un attentat) ont été détruits. Le 3 janvier : c’est un magasin de l’Île-Rousse qui a été visé. Puis, le 11 janvier : la voiture d’un artisan d’Aregno. Puis, le lendemain : un camion. Puis, le 17 janvier : la villa – en construction – d’un retraité. Puis, le 19 janvier : deux bars d’Ajaccio. (Deux blessés légers, plusieurs voitures et les façades des immeubles environnants ont été endommagées.) Puis, le 20 janvier : une villa, un camping, et deux voitures. Puis, le 24 janvier : une résidence secondaire appartenant à des Allemands. Puis enfin, le 30 janvier : c’est le véhicule d’un gendarme, qui a été détruit dans une explosion.

Et ainsi de suite, mois après mois.

MATIGNON SOUS PRESSION

Après l’installation de Jean-Marc Ayrault à Matignon, au printemps dernier : tout le truc a continué.

Entre le 11 et le 14 mai 2012, par exemple : vingt et un attentats sont perpétrés, en soixante-douze heures. Puis, dans la nuit du 9 au 10 septembre : des bombes ont été déposées devant pas moins de sept supermarchés de « l’île de Beauté » – à Ajaccio, à Bastia, à Alistro et à Saint-Florent.

Et tout cela fait, à bien y regarder, une statistique un peu inquiétante. Surtout lorsqu’on la juxtapose à celle, non moins alarmante, des assassinats commis depuis trois décennies dans les mêmes parages, qui ont fait que « le taux de meurtre par habitant en Corse est devenu le plus élevé d’Europe ».

Mais pour le coup : Matignon se tait, et Christophe Barbier bride sa prolixité. Et s’il arrive – le moyen de faire autrement – que la presse dominante évoque les « nuits bleues » corses – et autres spécialités de la pyrotechnie insulaire – ce n’est jamais dans les termes dont elle use pour dénoncer le « terrorisme islamiste ».

DES MÉDIAS TRÈS DISCRETS

En vérité, force est de le constater : l’attaque contre un supermarché de Sarcelles, attribué à des « djihadistes », suscite, dans les hiérarchies politico-médiatiques, infiniment plus de réactions que le plastiquage, en Corse, de sept grandes surfaces.

Dans le premier cas : des dizaines d’articles – et autres commentaires enflammés – sont immédiatement publiés, pour interroger « l’islam de France ». Mais quand des artificiers mettent le feu à « l’île de Beauté » : Jean-Marc Ayrault se tient coi, et l’éditocratie néglige de s’offusquer.

Et il serait intéressant de s’interroger sur ce qui motive cette différence de traitement : cela pourrait même, pourquoi pas, faire l’objet d’un édifiant éditorial de Christophe Barbier.

Mais, curieusement : il tarde à venir.

(1) En 2009, la voiture de notre journaliste Enrico Porsia, qui habite en Corse et dont les enquêtes irritent grandement quelques éminences locales, a été détruite dans un attentat : les défenseurs de presse de la liberté d’expression ne s’en sont que peu formalisés.

 


Note de la rédaction : Une simple suggestion…



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