Madame
Y. (1) et son mari sont installés dans leur appartement depuis
cinq ans, voie Alexandre-Dumas, à Arras. Cinq années sans
problème particulier, ...
assurent-ils. Jusqu'à il y a une semaine. Mercredi matin, sur la
porte d'entrée de son appartement, madame Y. a découvert
des inscriptions racistes. Depuis, elle dit dormir mal. Deux plaintes
ont été déposées au commissariat.
« Ma fille aînée m'a demandé "c'est
quoi ça ?" Je lui ai dit qu'il ne fallait pas dessiner sur les
murs. J'ai du mal à lui expliquer pourquoi il y a tout ça
sur notre porte d'entrée ». Madame Y. ne nettoiera
pas. Ce n'est pas à elle de le faire. La jeune Arrageoise de 28
ans a saisi Pas-de-Calais Habitat, qui doit prochainement venir effacer
les traces de ces tags imbéciles et racistes.
Mercredi dernier, elle aurait fait la découverte de ces
inscriptions honteuses, en compagnie du facteur, qui venait lui livrer
un colis. « La veille, j'ai jeté mes ordures à
23 h, dit-elle se souvenir. Je suis allée dormir après.
Quand j'ai ouvert la porte au facteur le lendemain, j'ai vu tout
ça... Pourtant on est discret, cela fait cinq ans qu'on habite
ici. Je ne mets pas la télévision trop fort. On est
couché tôt, souvent à 22 h. Voir cela en 2010,
c'est malheureux ».
Enquête ouverte
Sur sa porte d'entrée, il
a été écrit « Sal (!)
gosse » et « sal arabe », en langage
SMS. Une croix gammée vient achever ce tableau abject. La
boîte aux lettres a aussi été
dégradée et souillée. Mais étrangement,
c'est sur « sal gosse » que Madame Y. tique.
« J'ai deux filles de deux ans et demi et trois ans et demi,
explique cette mère de famille. J'attends un troisième
enfant. Je ne me sens pas trop en sécurité. Depuis
mercredi, je me réveille en sursaut au milieu de la nuit, j'ai
des insomnies, j'ai toujours peur d'avoir laissé la porte
ouverte ».
Madame Y. a déposé plainte mercredi au
commissariat d'Arras, Pas-de-Calais habitat faisant de même dans
la foulée. Les policiers sont venus constater les faits
dès le mercredi. Le service dégraffitage de la ville a
été sollicité. Mais les nettoyeurs de tags ne
peuvent intervenir que sur la voie publique. Or, la porte de
l'appartement se trouve dans le domaine privé... Quant au
message véhiculé par ces inscriptions, Madame Y. n'en a
cure : « Je suis fière de mes origines et de ma
confession musulmane,assène-t-elle. Je respecte tout le monde.
Dans l'Islam, on respecte les voisins. S'il y avait un problème,
pourquoi ces gens ne sont pas venus me voir pour en parler
? » Selon la jeune Arrageoise, pas de doute possible quant
à l'origine des tags : « C'est
prémédité. C'est du voisinage. Pour accéder
à mon pallier, il faut un badge. Si c'est à cause du
bruit que font mes filles, je réponds que je ne peux quand
même pas leur mettre de muselière » Une
enquête est ouverte au commissariat. Qui a pu faire cela ?
S'agit-il de voisins intolérants après un
différend ? Ou d'autre chose ? Toujours est-il qu'aucune
nuisance de voisinage ne peut justifier de telles inscriptions
islamophobes. Du coup, Madame Y. s'accroche à la demande de
mutation qu'elle a faite il y a un an maintenant. •
(1) Elle souhaite rester anonyme.
Lavoixdunord.fr