Exclusif : Extrême-droite rencontre Tareq Oubrou, imam de Bordeaux BORDEAUX – Le Franco-Marocain Tareq Oubrou se bat depuis des
années pour obtenir que Bordeaux ait une Grande Mosquée.
L’imam se dit sur le point d’aboutir. La mairie
dirigée par Alain Juppé va, nous assure-t-il, offrir un
terrain aux musulmans ainsi qu’une aide financière. Entretien exclusif avec celui qui publie aussi, dans quelques jours, Profession imam, chez Albin Michel.
Novopress Aquitaine : Tareq Oubrou, où en est le projet de grande mosquée à Bordeaux ? Tareq Oubrou : Nous en sommes à la phase
pratique. La mairie a acheté le terrain de plus de 8 500m2 et
s’apprête à nous le céder sous forme de bail
gratuit : nous ne paierons pas de loyer durant 99 ans. Ce sera un
projet à la fois culturel et cultuel. Après plusieurs
années d’attente, nous approchons de la phase finale. Le coût du projet qui sera à notre charge est
estimé à environ 18 millions d’euros. Les plans de
la mosquée ne sont pas encore réalisés, nous
attendons d’abord de connaître les délimitations
exactes du terrain donné par la mairie.
Comment allez-vous financer ce projet ? T.O.: Le coût de ce projet est très
important. Nous épuiserons donc tous les moyens légaux
nous permettant d’obtenir de l’argent, que ce soit la
mairie, la région ou de bien d’autres manières. Je
peux cependant vous assurer que la traçabilité sera
établie et très claire.
Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre appartenance à un mouvement intégriste ? T.O.: Je viens de loin. Mon parcours ressemble un peu
à celui des anciens trotskistes. Je suis l’incarnation de
l’Islam qui tâtonne et se cherche. Vers l’âge
de 19 ans, j’ai en effet rencontré de nombreux mouvements
islamistes, comme celui des Frères musulmans. Ce qui m’a
particulièrement touché chez les Frères musulmans,
c’est la personnalité de leur fondateur, Hassan
al-Bannâ. Bien sûr, on n’est pas obligé
d’être en accord avec tous les points de sa doctrine, mais
sa figure et ses écrits m’ont donné l’espoir.
Que pensez-vous de la déclaration de Lhaj Thami
Breze, président de l’UOIF, l’Union des
organisations islamiques de France : « Le Coran est notre
constitution » ? T.O.: Je pense que c’était une
maladresse. Vous savez, les responsables de l’UOIF sont de
culture arabe ; il faut donc comprendre leur mentalité et se
replacer dans leur contexte.

Pensez-vous que l’Islam sera un jour majoritaire en France ? T.O.: (Grand silence) J’avoue que je ne
me suis jamais posé la question. Cependant, je sais que
l’histoire est imprévisible. Le problème est
qu’aujourd’hui l’islam qui se développe en
France est anarchique. Si ce développement anarchique continue,
cela peut poser de graves problèmes pour la
société française et pour la communauté
musulmane. J’ai peur que l’unité de l’Occident
se fasse contre l’ennemi intérieur. En cas de grave crise
économique ou politique, les musulmans pourraient devenir des
cibles. L’installation de l’islam dans la
société est donc fragile. Je crains cependant que la
vieille hostilité à l’islam, qui date du Moyen Age,
ressuscite avec la présence de nombreux musulmans en Europe.
Avez-vous conscience de profiter de la «
tolérance » de la France pour vous introduire dans le
paysage social ? La laïcité est elle une chance pour
l’islam ? T.O.: Oui, il est vrai que l’islam est venu
à un moment propice, puisque grâce à la
laïcité, il n’y a pas d’hostilité
à l’égard de cette religion. Mais le
problème, c’est qu’il n’y a pas de
pédagogie pour expliquer la présence de l’islam. On
assiste aussi à un phénomène inverse, la
présence de l’islam pousse une partie des laïcs et
des catholiques à l’intégrisme.
Comment expliquez-vous que, contrairement aux descendants
d’immigrés portugais ou polonais, les Maghrébins
n’aient pas francisé leurs prénoms comme signe de
volonté d’intégration ? T.O.: Ce sont tout d’abord deux immigrations
très différentes. Les Portugais et les Polonais sont des
Européens, blancs et de confession chrétienne. Je
n’ai pas d’explications à donner, parce que je ne
sais pas. Il faut comprendre aussi qu’ils veuillent conserver
leur identité.
Quel est le point commun entre un Tareq Oubrou, imam
marocain qui a la nationalité française, et un Breton de
culture chrétienne, lui aussi de nationalité
française ? T.O.: Le point commun, c’est que quand
l’équipe de France joue à l’étranger,
les deux vont la soutenir et souhaitent qu’elle gagne.
L’autre point commun est la langue, elle structure la
pensée.
Vous allez sortir en octobre chez Albin Michel un nouveau livre : Profession : Imam. Pourquoi ce livre ? T.O.: On m’a proposé
d’écrire ce livre. Il y a tout d’abord un aspect
autobiographique, un aspect pratique sur l’Islam et la
société contemporaine et enfin un aspect doctrinal. Le
premier titre proposé était « Imam des Cités
». J’ai refusé car c’était trop
restrictif. Je ne suis pas l’imam des cités, ni celui des
délinquants, mais je suis un imam pour la communauté.
Comment devient-on imam ? T.O.: Etre imam, c’est une vocation, une
tâche spirituelle. L’imam est au service de la
communauté. Il sert aussi d’interface entre sa
communauté et la société. Chacun y accède
en fonction des opportunités qui s’offrent à lui.
Vous savez, personne ne souhaite à ses enfants de devenir imam.
Mes parents voulaient que je sois ingénieur ou médecin,
mais j’estime que j’ai réussi ma vie. Je fais ce que
je veux et ce que j’aime. Je n’ai pas été
formé dans une école coranique, je suis un autodidacte.
Avez-vous un rôle dans la formation des imams ? T.O.: J’anime sur Bordeaux un cercle de
formation de théologies. A terme, je voudrais que celui-ci se
transforme en institut de théologie. Je suis aussi un des
membres fondateurs de l’Institut de formation des imams dans la
Nièvre, à Château-Chinon.
Propos recueillis par Louis Forestier
[ [http://fr.novopress.info] Article du /
Commentaires(1)
Bonjour,
Pourriez-vous me dire svp de quand date cette interview de Monsieur OUbrou ?
Je vous remercie de votre réponse.
par : Catherine Firket (13/01/2010 à 14:29:00) ------------------------------------------------------
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