
Mehadi Tidjini : « Je suis toujours tombé sur des dirigeants compréhensifs. » Photo DDM, Archives
Depuis
l'âge de 12 ans Mehadji Tidjini pratique le jeune du Ramadan.
Cette année encore, le trois-quarts centre de l'US Colomiers
s'entraînera et disputera des matchs sans boire ni manger durant
la journée. Un jeûne rituel totalement
intégré à sa vie de sportif Musulman. « On
peut jeûner et jouer au rugby. Le plus dur ce sont les trois ou
quatre premiers jours. Il faut que le corps ait le temps de s'habituer.
Après il n'y a plus de souci. » Plus de souci mais parfois
un peu de souffrance : « L'année dernière le
Ramadan a commencé fin août. Il faisait très chaud.
Nous avons joué un match un dimanche après-midi vers 15
heures. Et ça a été un peu compliqué. Mais
quand on a la foi ça passe. »
« Avant le lever du soleil »
Pour caracoler sur un stade le ventre creux et la bouche
sèche sans pour autant faire de la figuration, il faut
s'organiser : « Je me lève à 5 heures, avant le
lever du soleil. Je mange, je fais la prière, et je me recouche
jusqu'à l'entraînement du matin qui débute à
10 heures. Ensuite, je reste au club en attendant l'entraînent de
l'après-midi. Pour tenir le coup, je mange
légèrement plus gras que d'habitude le matin, et les
jours de match j'essaie de consommer beaucoup de pâtes. Mais le
plus dur c'est quand on rate le réveil et que l'on sait que l'on
ne pourra pas manger ni boire avant le soir ».
Sur le stade, l'équipe, lutte contre la chaleur a grand
renfort de bouteilles d'eau minérales qui passent sans
s'arrêter sous le nez du trois-quarts centre : « Ils
trouvent que c'est très dur de ne pas boire. Et ils me disent
que je suis courageux. » Le courage et la détermination a
pratiquer la religion ne sont finalement balisés que par
l'éthique du joueur professionnel « Il n'est pas question
que je rate le Ramadan et pour le moment il se combine très bien
avec le sport. Tant que le jeûne ne porte pas atteinte à
mes performances il n'y a pas de souci. Si un jour je suis trop faible
pendant un match, peut-être que l'entraîneur me sortira.
Mais pour le moment ce n'est jamais arrivé. » Et Mehadji
Tidjini met un point d'honneur à jouer comme si de rien
n'était.
Lorsque le soleil se couche enfin après un match ou une
journée d'entraînement, Mehadji attend encore cinq ou dix
minutes pour être sûre de ne pas rompre le jeûne trop
tôt, puis, comme tous les Musulmans du monde il avale une date et
un verre de lait avant de commencer à manger. « Mais le
pire c'est que tu attends ce moment toute la journée, et quand
arrive l'heure de dîner tu es rassasié en quelques
bouchées. »
La santé passe avant le jeûne
Mamadou Daffé est l'imam de la mosquée de
Bellefontaine. Pour ce religieux le jeune ne doit pas mettre en
péril la vie des fidèles. Aussi fait-il appel au libre
arbitre de chacun pour juger si l'absence d'alimentation et de boisson
durant la journée est compatible avec sa santé. À
propos du jeûne pratiqué par Mehadji Tidjini, il juge que
« c'est à lui de décider. Personne ne pourrait le
critiquer s'il était obligé de s'alimenter, car avant
tout, c'est la vie qui prime. S'il se sent assez solide pour faire
Ramadan c'est très bien de le faire. Mais c'est d'abord à
lui de juger en fonction de sa résistance physique et des
efforts qu'il doit fournir. »
http://www.ladepeche.fr/article/2009/08/21/658032-Mehadji-Tidjini-On-peut-jeuner-et-jouer-au-rugby.html