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Angoulême : La mosquée de Basseau déjà trop petite !

Stéphane URBAJTEL Charentlibre.com

Quatorze heures trente, hier après-midi, sur les tapis de la mosquée d'Angoulême, rue de la Charité, à Basseau. Le prêche de l'imam et la prière du vendredi viennent tout juste de s'achever dans l'ancienne école Marcel-Pagnol, devenue, il y a moins de deux ans, le nouveau lieu de culte des musulmans de l'agglo (1).

Le nez dans le calendrier du ramadan, les hommes se titillent: à quelle heure exactement faudra-t-il se présenter ce samedi soir pour la première prière de ce mois de jeûne ? «Le démarrage est conditionné par la vue du croissant lunaire, rappelle Rabah. Et ce n'est pas partout pareil. A Paris, ce sera un quart d'heure plus tôt qu'ici. A Bordeaux, il y aura un décalage de deux minutes». Ce petit souci d'horaire n'est cependant pas ce qui préoccupe le plus les fidèles croisés hier après-midi. La question que tout le monde se pose c'est plutôt: «comment va-t-on faire pour accueillir tout le monde dans une mosquée déjà bondée en temps normal ?»

«Chaque vendredi, il y a plus de 200 personnes dans la salle pour les hommes. Et plus d'une cinquantaine dans celle pour les femmes. Pendant le ramadan, c'est deux à trois fois plus», estime Kader Bouazza, président de l'association culturelle musulmane. Depuis deux ans, la fréquentation de la mosquée a fait un bond. Pour Kader Bouazza, c'est, en quelque sorte, le revers de la médaille: jusqu'à 2007, les musulmans devaient se contenter de l'ancienne salle de prière, à quelques dizaines de mètres de là, un bâtiment en préfabriqué dans un sale état. Du coup, ils se déplaçaient en petit comité. Aujourd'hui, ils disposent d'un lieu très correct, aménagé et joliment décoré. Alors, ils se pressent pour écouter le prêche.

«Rôle social»

«L'autre explication, c'est l'arrivée importante d'Africains autour d'Angoulême depuis deux ou trois ans, ajoute Laïd Bouazza, un autre pilier de l'association. Pour la plupart, ils sont musulmans et religieux». Dernier élément expliquant la ruée récente vers la mosquée, souligne l'association: «La qualité de l'imam». Depuis quelques semaines, la communauté peut compter sur un officiant «de haut rang», M'Hamed Belhadj. Désigné par la Grande mosquée de Paris, cet Algérien d'origine, jusqu'alors «directeur des Imams» dans un important département de l'ouest algérien, doit accomplir, en Charente, un «mandat» de quatre ans.

Son arrivée a, de surcroît, permis de proposer de nouvelles activités au sein de l'ancienne école Marcel-Pagnol: des cours de soutien scolaire et des cours d'arabe. Le dimanche matin, une soixantaine d'enfants, divisés en deux groupes, retrouvent l'imam et un bénévole de l'association pour «une initiation à la culture et la civilisation musulmane et des cours d'alphabétisation». «Il ne s'agit pas d'instruction religieuse, insiste Djilalli Mérioua qui est par ailleurs maire adjoint chargé des sports à la mairie d'Angoulême. Les enfants y viennent pour apprendre à lire et à écrire l'arabe. On leur donne des bases. Libre à eux, plus tard, d'approfondir leurs connaissances et d'ouvrir le Coran s'ils le souhaitent».

Les membres de l'association culturelle musulmane insistent: s'il y a toujours l'un des leurs au côté du nouveau dignitaire religieux, c'est aussi pour démontrer que ce n'est pas «le message théologique» qui prime dans cet enseignement. «L'imam supervise. Nous, nous sommes les garants des règles républicaines», souligne Kader Bouazza. Il en profite d'ailleurs pour rappeler que la mosquée de Basseau est installée dans un lieu qui est la propriété de la ville d'Angoulême. «Parce que nous recevons du monde, que le message transmis est cadré, je crois que l'on peut dire que nous jouons un vrai rôle social dans l'agglomération», poursuit-il.

«Rôle social», c'est aussi l'avis d'un groupe de femmes voilées rencontrées hier dans la seconde salle de la mosquée qui leur est dédiée. Samira, Fatma et Soltana sont catégoriques, on ne vient pas seulement ici pour prier. «C'est un lieu de rencontre, assure Samira. On prend des nouvelles des autres, on s'inquiète quand l'une d'entre nous ne vient pas». Fatiah, sans emploi et qui élève ses trois enfants dans un appartement du quartier, partage cet avis: «Avant l'ouverture de la salle pour les femmes, je faisais ma prière seule chez moi et je ne voyais jamais personne. Aujourd'hui, j'ai une vie sociale».

(1) Il existe aussi une salle de prière dans les locaux du vieux centre commercial du Champ-de-Manoeuvre, à Soyaux.

 

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