Libéré vendredi, un Algérien qui était détenu depuis plus de sept ans sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, est arrivé en France qui a accepté de l'accueillir.
"Lakhdar Boumediene est arrivé aujourd'hui en France en provenance du centre de détention de Guantanamo", a annoncé dans un communiqué le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eric Chevallier.
"La question de l'accueil d'anciens détenus de Guantanamo fait l'objet d'une concertation européenne. La décision d'accueil relève de chaque Etat", a-t-il ajouté.
"L'examen par la France d'une demande individuelle se fait au cas par cas, à la lumière de ses implications juridiques et de sécurité et de l'existence d'un lien avec notre pays."
"L'accueil en France de Lakhdar Boumediene, qui a exprimé le souhait d'être accueilli dans notre pays dans lequel réside une partie de sa famille, s'inscrit dans ce cadre", a précisé le porte-parole.
Il a rappelé que le ressortissant algérien avait été "reconnu innocent de toute charge relative à la participation à d'éventuelles activités terroristes par des décisions de justice de plusieurs pays, dont celle des Etats-Unis qui a ordonné sa libération".
Prisonnier à Guantanamo depuis plus de sept ans, Boumediene bénéficie de l'arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis qui autorise désormais les détenus de Guantanamo à contester auprès de la justice le bien-fondé de leur incarcération.
Trente-cinq détenus ont utilisé cette procédure et la justice américaine a ordonné la remise en liberté de 25 d'entre eux, dont 17 Ouighours, des Chinois de confession musulmane. Cinq demandes ont été rejetées.
"Nous avons déjà remporté la victoire devant les tribunaux lorsque M. Boumediene a été blanchi mais s'il gagne la France comme cela a été convenu, ce sera évidemment pour lui une formidable occasion de commencer une nouvelle vie avec sa famille", avait déclaré dans la journée Robert Kirsch, avocat américain de l'ancien détenu, interrogé sur la chaîne France 24.
Selon son avocat, Lakhdar Boumediene a mené une grève de la faim de Noël 2006 à mercredi dernier. "Il a recommencé à prendre des aliments solides, ayant appris qu'il serait libéré de Guantanamo et envoyé en France", a-t-il dit.
Robert Kirsch a affirmé que son client avait été soumis à de nombreux mauvais traitements ainsi qu'à des interrogatoires "sans fin" et "absurdes" et qu'il ne pesait plus que 65 kg.
POURSUITES ABANDONNEES DEPUIS OCTOBRE 2008
"Je pense bien évidemment qu'une indemnisation serait justifiée. Il a perdu sept ans de sa vie, sept ans séparé de sa famille, mais nous n'avons encore pris aucune décision avec M. Boumediene sur ses prochaines démarches", a ajouté l'avocat.
"Franchement, son premier souci est de pouvoir revoir sa femme et ses deux filles."
Le ministère français des Affaires étrangères avait estimé la semaine dernière que les critères fixés par Paris étaient respectés pour que Lakhdar Boumediene puisse quitter le camp américain pour la France.
Boumediene a été envoyé à Guantanamo en janvier 2002 par les autorités bosniaques, qui l'avaient arrêté en octobre 2001 avec cinq de ses compatriotes.
Les autorités américaines imputaient au groupe un projet d'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Sarajevo mais le département de la Justice américain a abandonné ces charges contre les six hommes en octobre 2008.
Il maintenait cependant les hommes en détention en les accusant d'avoir voulu aller en Afghanistan pour combattre les troupes américaines, mais un juge fédéral a malgré cela ordonné en novembre dernier la libération des Algériens, dont Boumediene.
Le magistrat a constaté dans sa décision que les imputations ne reposaient que sur des informations anonymes dont la fiabilité ne pouvait être vérifiée.
Considérés comme "ennemis combattants", notion inconnue du droit international, 255 personnes sont toujours emprisonnées dans ce camp ouvert après l'offensive contre l'Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Elles ne bénéficient d'aucun statut légal, n'étant ni poursuivies en justice ni prisonniers de guerre.
Les Etats-Unis ont déjà libéré environ un demi-millier de détenus, notamment sept Français en 2004 et 2005. Cinq ont ensuite été condamnés à un an de prison ferme pour "association de malfaiteurs à caractère terroriste", puis relaxés en appel en raison du caractère illégal de la procédure conduite par la police française sur la base américaine.
Il a été démontré que les deux autres n'avaient aucun lien avec des groupes islamistes armés. Le président Barack Obama a annoncé la fermeture du camp de Guantanamo d'ici janvier 2010.Maintenant nous attendons son témoignage sur les conditions de détention !
David Morgan, avec Thierry Lévêque à Paris, version française Pascal Liétout et Guy Kerivel